CONTRE LE PROJET D AFSB

L’enquête concerne les Aménagement Ferroviaire au Sud de Bordeaux et notamment l’impact environnemental de ces aménagements. Bien que faussement présentés comme indispensables au projet de RER métropolitain, ces AFSB ne sont qu'un cheval de Troie du projet de LGV GPSO. Contrairement à ce qui est affirmé par leurs promoteurs, loin d'améliorer le service ferroviaire de proximité, ces aménagements vont surtout dégrader sa qualité : - Les TER omnibus Bordeaux-Langon, contraints d'emprunter une voie unique où un train doit être arrêté en gare pour qu'un autre puisse le croiser en abaissant sa vitesse à 30 km/h au niveau des aiguillages, perdront environ 7 minutes par trajet. Tout retard se répercutera sur les trains de l'autre sens, en dégradant considérablement la régularité de l'ensemble. Aujourd’hui, les trains de proximité de chaque sens disposent d’une voie limitée à 160km/h demain, ils devront s’en partager une seule limitée à 120km/h pour les deux sens. - Bien que SNCF Réseau affirme que les AFSB permettraient le passage de 54 allers-retours alors que la capacité actuelle de la ligne n'est que de 49, on notera qu'en plus de coûter des heures de temps de parcours supplémentaires chaque mois aux usagers de la ligne, ces 5 AR supplémentaires coûteraient environ 1 milliard au contribuable pour 12 kilomètres. Ceci sans compter les huit années de travaux cauchemardesques imposés aux riverains et usagers de la ligne, avec une interruption du trafic durant 83 jours et des trajets rallongés de 8 à 10 minutes pendant la durée des travaux. À titre de comparaison, un simple aménagement de la gare de Beautiran en gare origine terminus offrirait des capacités comparables et des meilleurs temps de parcours Langon-Bordeaux pour un coût au moins 25 fois inférieur et des nuisances infiniment moindres. Par ailleurs, développer ces AFSB c’est abandonner la ligne historique POLT (Paris Orléans Limoges Toulouse) et enclaver le Limousin et donc donner la priorité à la vitesse plutôt qu'à la desserte des territoires. C'est donc de nouveau une prime aux métropoles au détriment du monde rural. A propos de la destruction de la biodiversité : Ce projet s’inscrit dans une zone assez fortement urbanisée où les milieux naturels sont devenus extrêmement rares, donc précieux. Les zones impactées représentent 8 habitats et notamment des habitats humides qui ont justifiés la désignation en zone Natura 2000 du bocage humide de Cadaujac et Saint Médard d’Eyrans (page 198). Ces zones comprennent 10 espèces justifiant ce classement dont des loutres, vison, cistude, lamproie, anguille, chauves-souris ... Les impacts sur l’artificialisation de ces zones seront irrémédiables et ne pourront jamais être compensées à hauteur de leur destruction. Ces AFSB ont été imaginés pour regrouper sur la sortie Sud Est une grande partie du trafic vers Dax en sus de celui vers Toulouse. Elles sont une composante à part entière du projet GPSO à venir, projet qui est inacceptable compte tenu de son impact environnemental et du fait qu’il offrirait des dessertes vers des destinations déjà desservies par le train comme Toulouse et Dax où il n’existe à ce jour aucune saturation de trafic : l’actuelle liaison Bordeaux- Dax fait 33 km de moins que le projet de LGV et elle pourrait supporter un trafic train supérieur si nécessaire. Compte tenu du rallongement du trajet, les TGV roulant à 320 km/h en pointe ne gagneront pratiquement rien comme temps par rapport au passage sur une ligne actuelle rénovée pour y rouler à 220 km/h. Ces questions de gain de temps versus l’argent dépensé et la destruction des habitats naturels concerné doivent poser question ! Ainsi ce préalable au développement du projet GPSO sert simplement à justifier son potentiel déploiement alors même que ce projet va détruire : 4830 hectares d'emprise dans la forêt, les terres agricoles et les milieux naturels, impactant des centaines d'espèces animales et végétales dont certaines sont en mauvais état de conservation et ce, à travers 327 km de lignes nouvelles fragmentant les territoires. Au total, 8 sites Natura 2000 seront impactés et la vallée du Ciron sera balafrée dans sa longueur. 54 millions de mètres cubes de matériaux seront déplacés, dont 30 millions importés par la route. Pour ce qui est de l’impact sur le transport ce sera un gaspillage énergétique honteux, avec une énergie de traction multipliée par 4 en passant de 160 km/h et 320 km/h à l’heure où nous devrions parler de sobriété et ce pour un gain de temps infime. Le chantier bouleversera les territoires et la vie de leurs habitants pendant près de 10 longues années. A propos du coût du projet global : Alors qu’on n’a absolument pas la preuve que les AFSB soient d’une quelconque utilité, ils sont la première marche du projet GPSO (estimé en 2020 à 14,3 milliards €). Un projet dantesque et pharaonique dont le coût final sera bien supérieur. Le projet est par ailleurs prévu d’être financé par une taxe injuste frappant aussi bien ceux qui ne vont jamais à Toulouse ou à Paris que ceux qui en subiront les nuisances au quotidien. A propos du chantier lui-même : Les travaux sont très conséquents et lourds et il n’y a aucun détail sur les plans de circulations, les modalités de restriction de circulation, aucune description de l’évolution de circulation sur les zones de Cadaujac et Saint Médard d’Eyrans. Le bruit est un enjeu majeur de ce déploiement, or il est présenté comme un enjeu modéré. La réduction du bruit avancée serait liée à une réduction du fret ferroviaire alors que les objectifs à 2030 sont justement un doublement de ce fret. Il y a là une incompatibilité. Au final les enjeux bruits ne sont pas clairs pour la population impactée ni l’incidence d’une augmentation de trafic. Emission de gaz à effet de serre du chantier : Les émissions de CO2 du chantier se chiffrent en plusieurs millions de tonnes. Au minimum, 2,4 millions d’après RFF (SNCF Réseau) auxquels il conviendrait logiquement d’ajouter les émissions de l’extraction et du transport des 54 millions de mètres cubes de matériaux du chantier. Le bilan carbone est donc largement contestable : les 3 millions de tonnes de CO2 du chantier seront émis en très peu de temps et les hypothétiques gains permis par le report modal de la route au rail ou de l’avion au rail, eux, ne rattraperont les émissions initiales qu’après de très nombreuses années. Par ailleurs, les calculs et les estimations de report modal datent d’avant la crise du covid qui a considérablement modifié les déplacements des cadres entre Toulouse et Paris. Ils seraient à revoir dans leur intégralité. Ce projet de GPSO n’est enfin pas légitime et s’apparente à un véritable « passage en force » et ce, après que la commission d’enquête publique du projet Lignes Nouvelles ait émis un avis défavorable en 2015, consécutif à une participation massive à l’enquête (plus de 14 000 contributions en incluant les pétitions) et des avis qui n’étaient favorables au projet qu’à hauteur de 2,59 %. Evidemment certains aménagements présentés dans cette étude semblent utiles, comme la construction de murs anti bruits ou la suppression de passages à niveaux dangereux, mais ces aménagements, attendus depuis longtemps, peuvent se réaliser indépendamment des AFSB pour respecter les riverains et réduire leurs nuisances. Ils auraient dû d’ailleurs être à l’ordre du jour depuis longtemps. En conclusion, c'est surtout un projet qui méprise les intérêts légitimes des générations qui nous succéderont et pour lesquelles nous amputons à la fois du budget et du bilan carbone qui pourraient être octroyées à d’autres projets bien plus prioritaires. Mon avis sur les AFSB est donc clairement négatif, il serait bien plus urgent de financer l’amélioration des trains du quotidien, leur fréquence, le confort des rames, la réouverture de haltes fermées depuis des années que de s’engager dans un projet dispendieux qui ne résoudra en rien la demande des locaux à savoir une amélioration des dessertes des trains du quotidien et qui, par ailleurs, va détruire des zones naturelles qui ne seront jamais remplacées ou compensées à la hauteur des pertes. L’ensemble de la vallée du Ciron est à protéger et à préserver d’urgence, cela n’a pas de prix et en tous cas pas celui de 15 milliards d’euros pour un projet plus que discutable.

Lieu : Pessac.

Avis écrit par Florence Bougault.

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