CONTRE CE PROJET D'AMENAGEMENTS

Ce projet va détruire près de 5000 hectares de terres (agricoles, forêts et zones humides), et fragmenter des territoires impactant dramatiquement la biodiversité (dont 8 sites Natura 2000). Il constitue en particulier un véritable massacre de la superbe vallée du Ciron (photo en PJ), dont la hêtraie qui borde les rives est un pur joyau, une niche écologique datée de 40 000 ans, la plus ancienne de France, refuge climatique (-2°C par rapport au reste du territoire environnant) abritant des espèces rares et protégées telles que la cistude, le vison et la loutre. Après avoir survécu à la dernière glaciation, est-il imaginable que, cernée par les bulldozers, elle disparaisse pour gagner quelques minutes sur une ligne de train ? Les photos en PJ du chantier de la LGV Bordeaux-Tours permettent de se faire une idée réaliste du désastre auquel on doit s'attendre. Alors que le réchauffement climatique s'accélère plus rapidement que prévu, que des méga-feux font désormais la une de l'actualité, à l'heure de la 6ème extinction de masse des espèces, ce projet écocide aux effets environnementaux délétères est tout simplement scandaleux. Il nie complètement les grands enjeux qui traversent notre société, au premier rang desquels la préservation du vivant (ce qu'il reste de la nature et du sauvage), et bafoue l'intérêt général et les communs au bénéfice de quelques industriels/professionnels du BTP qui vont s'enrichir sur cette opération. Il faut cesser l'artificialisation de zones naturelles et agricoles. L'Autorité environnementale et le Conseil National de Protection de la Nature ont d'ailleurs rendu un avis défavorable. Même les scientifiques de l’INRAE (Institut National de Recherche en Agriculture et Écologie) questionnent la pertinence des études d’impact réalisées... Par ailleurs, le fonctionnement de ce TGV entraînerait une sur-consommation énergétique qui impliquerait de devoir produire plus d’électricité. En Nouvelle-Aquitaine, c'est la construction de « champs » de panneaux photovoltaïques qui est privilégié, en lieu et place de la forêt (projet Horizeo). Or, remplacer des forêts par des panneaux photovoltaïques compromet le rôle joué par les forêts pour stocker le CO2, en tant que puits de carbone. Quant au sois-disant bénéfice environnemental d'un éventuel report modal, il n'est absolument pas étayé par les promoteurs du projet. Le professeur émérite Jean-Pierre Orfeuil émet lui-même de forte réserves (c'est un euphémisme) dans son article pour la revue “Transports, Infrastructures et Mobilités” de mai-juin 2023 : “La base du raisonnement (les nouveaux clients du fer se sont tous reportés de la route) est démentie par les constats empiriques : on peut en effet observer que depuis le début des années 1980 jusqu’à 2019, la multiplication des TGV, des métros et tramways et le soutien des régions aux TER ont effectivement permis d’accroître les trafics ferrés de 73 %, et que néanmoins l’usage de la voiture a crû de 71 %, laissant sa part pratiquement inchangée à 81 % ." Les trains à grande vitesse représentent seulement 5% des usagers du train, d’après l’Autorité de Régulation des Transports (ART, anciennement ARAFER). Les destinataires de ces projets de LGVs, outre les lobbys du BTP, sont les “emplois métropolitains” (professions intellectuelles, cadres supérieurs...). Pour un réel report modal, il est donc nécessaire de favoriser les trains du quotidien, or les investissements publics ne sont justement pas du tout à la hauteur pour la rénovation de ces lignes et en permettre l'augmentation des cadences. Le projet de LGV envisagé peut même jouer un rôle d'éviction au détriment des transports collectifs publics du quotidien en conduisant à flécher les financements vers des modes de transport réservés au final à des catégories de population privilégiées, accentuant la fracture sociale. L’abandon du projet se justifie aussi par les enjeux économiques et financiers. Ce projet coûterait (sans inflation) 14 milliards d’euros. A l'heure où la France connaît un déficit public record (5,5% du PIB) et une dette publique extraordinaire (111% du PIB), ces nouveaux projets d'aménagements ferroviaires ne font que nous éloigner du Pacte de stabilité budgétaire européen qui oblige chaque Etat-membre à maintenir son déficit public en dessous des 3% de la richesse nationale, et sa dette sous le seuil des 60% de la richesse nationale. La France risque déjà une lourde amende pour non-respect des règles de l'UE. Bref, un projet coûteux à tous les plans, environnementaux, financiers, économiques et sociaux qu'il convient absolument d'abandonner très rapidement.

Lieu : Bazas.

Avis écrit par Valérie.

Avis Contre.