Des compensations de biodiversité illusoires

Je m'oppose à la délivrance de l'autorisation environnementale car la compensation des destructions d’habitat et d’espèces n'est ni prouvée techniquement, ni valide scientifiquement.  D'un point de vue pratique, la question purement quantitative des surfaces à trouver n’est pas garantie, sauf à trouver des dispositifs qui réduisent les terres agricoles (https://objectifaquitaine.latribune.fr/infrastructures/2024-07-16/lgv-bordeaux-toulouse-quand-l-arrachage-des-vignes-tombe-a-pic-pour-la-compensation-environnementale-1002062.html). Par ailleurs, l'Autorité Environnementale préconise que les sites de compensation soient suivis pendant 50 ans afin de s’assurer des gains, mais comment peut-on imaginer que pendant toute cette période, les sites resteront destinés à cet usage, dans un contexte de pression foncière due à l'urbanisation (No net loss of biodiversity or paper offsets? A critical review of the French no net loss policy - https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S146290111******3). D'un point de vue scientifique, la compensation n'est pas justifiée car elle est basée sur la notion de substitution des milieux et des individus, un jeu à somme nulle entre milieu détruit et milieu d'accueil. Ce n'est qu'une vue de l'esprit technocratique qui ne tient pas compte du fait qu'un écosystème est un assemblage complexe et dynamique d'entités biologiques, résultat d'une longue histoire faite  de contingences. Quelle que soit l'échelle spatiale considérée, un écosystème n'est pas une succession d'événements déterministe et reproductible, comme peut l'être un processus industriel, mais au contraire le fruit d'interactions imprévisibles et largement méconnues, étant donné que les entités qui le composent sont bien plus riches et complexes que les cortèges visés dans les études d'impact. (La fabrique de la compensation écologique, un approfondissement de la modernisation écologique ? - https://www.nss-journal.org/articles/nss/full_html/2018/02/nss180036/nss180036.html) Dès lors, chaque milieu est unique, et le remplacer supposerait de connaître la succession indéfinie des multiples événements plus ou moins "catastrophistes" qui ont abouti à l'état constaté du milieu impacté, or le mécanisme de compensation se base sur la notion de "scores" liés à des enjeux partiels et partiaux, réduisant le vivant à des concepts abstraits que l'on peut additionner ou soustraire, ne tenant pas compte de la dynamique propre du vivant. (La compensation écologique : fondements épistémiques et reconfigurations technoscientifiques - https://www.nss-journal.org/articles/nss/full_html/2018/02/nss180032/nss180032.html). On pourrait ajouter le volet humain et sociologique relatif à l'usage de la nature des habitants, pour qui un milieu détruit à proximité de chez eux, n'est en rien "compensé" (De la nature ordinaire à la nature attachante - https://www.nss-journal.org/articles/nss/full_html/2018/02/nss180035/nss180035.html). De plus, même en admettant cette notion de gains et de pertes en terme de scores, il a été prouvé dans plusieurs études que les gains n’équivalent pas aux pertes, les milieux d’accueil étant généralement d’assez bonne qualité, ce qui rend le différentiel entre état final et initial du milieu d’accueil (les gains donc) inférieur à celui entre état initial et final du milieu impacté (les pertes) (Biodiversity offsetting: Certainty of the net loss but uncertainty of the net gain - https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S000632******5805 ; Une étude montre la faible pertinence écologique des mesures de compensation en France - https://www.actu-environnement.com/ae/news/etude-faible-pertinence-ecologique-mesures-compensation-france-44467.php4).

Lieu : Cestas.

Avis écrit par Jérôme Tricaud.

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