Avis de Jean-Luc Gleyze et Isabelle Dexpert

Contexte Le présent avis du porte sur le projet d’Aménagements Ferroviaires au Sud de Bordeaux (AFSB) qui se situe sur les communes de Bègles, Cadaujac, Saint-Médard-d’Eyrans et Villenave d’Ornon. Les principales oppositions ci-après mettent en question l’objectif affiché d’améliorer le réseau actuel afin de faciliter les transports du quotidien et les transports longue distance sur la ligne ferroviaire existante au Sud de Bordeaux (sur environ 12 km) entre Bègles et Saint-Médard-d’Eyrans. Pour rappel, l’engagement du Conseil départemental de la Gironde à hauteur de 170 M€ aux côtés de l’Etat, de la Région Nouvelle-Aquitaine et de Bordeaux-Métropole est conditionné au fait que cet investissement soit uniquement dédié à améliorer le projet et l’étendre sur la ligne du Médoc, au-delà de Macau et jusqu’à la pointe de Grave, pour lui donner une envergure départementale. Préservation des cours d’eau et des zones humides Le Département de la Gironde agit pour la protection et la valorisation des espaces naturels sensibles (ENS). Il assure leur gestion et organise des actions de sensibilisation à l'environnement pour permettre au public de visiter ces sites préservés. Marqueur du patrimoine naturel et culturel de Villenave d’Ornon, la vallée de l'Eau blanche abritait autrefois des cressonnières et les prairies étaient utilisées par les agriculteurs pour l’élevage et le maraîchage. Ces zones humides de la vallée foisonnent d’une biodiversité précieuse et sont reconnues pour leur patrimoine naturel exceptionnel et leurs qualités écologiques et paysagères, d’où la reconnaissance d’Espace Naturel Sensible depuis 2006 dans l'objectif d'en restaurer la biodiversité puis d'en permettre l'ouverture au public. Au-delà de cet exemple évocateur, la menace de destructions irréversibles pèse sur tout le bocage des bords de Garonne des 4 communes traversées, dont de nombreux hectares sont classés ENS ou ZPENS, Natura 2000, zones Naturelles d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique, des continuités écologiques pour la faune et la flore (prairies sèches, cours d’eau, zones humides, flore, faune, patrimoine géologique), des surfaces agricoles, des zones inondables et les zones habitées. Si l’impact des suppressions de surfaces est pris en compte, aucune information n’est donnée pour les pollutions (sonore, lumineuse, et autres nuisances) liées aux AFSB. Quelles sont donc les estimations et compensations prévues ? Si l’impact est réellement « neutre », - ce qui n’est pas démontré -, comment préserver l’habitat des espèces qui vivent dans les zones humides impactées ? La riche biodiversité girondine ne peut être sacrifiée sur l’autel de la grande vitesse sans espoir de réelle compensation et restauration, puisque la compensation des zones humides est impossible. Par ailleurs, les conséquences mettront directement ou indirectement en péril la pérennité et l’efficacité de nos trois plans d’actions garant de notre politique environnementale : le Plan d’Actions Départemental en faveur des Milieux Aquatiques (PADMA), le Schéma Départemental des Espaces Naturels Sensibles (SDENS) et par le Plan d’Actions Paysage (PAP). Ainsi, au titre de ses missions en matière de préservation et de protection de l’environnement, et notamment de ses ENS et ZPENS, le Département de la Gironde ne peut soutenir le projet des AFSB qui contribue à accentuer le déséquilibre local des écosystèmes . Des aménagements réservés à la grande vitesse Les trains du quotidien sont plus particulièrement impactés par les aménagements ferroviaires intégralement conçus pour s’accorder avec les LGV, dont les AFSB, comme le démontre l’étude de l’association TRANS’CUB : - Les TER Bordeaux-Langon et Langon-Bordeaux ne pourront circuler que sur la voie centrale ; - Au lieu de pouvoir circuler comme aujourd’hui à 160 km/h, ils ne circuleront au mieux qu’à 120 km/h avec la difficulté de devoir se croiser ce qui augmentera temps de parcours de ces trains ; - Avec les AFSB, il ne restera que 54 TER donc 4 TER en moins . La circulation se fera à 120 km/h et ces 54 TER ne s’arrêteront que 414 fois, donc les gares seront moins bien desservies ; - Les TER omnibus circuleront à la vitesse maximale de 120 km/h au lieu de 160 km/h et de plus il faut tenir compte du temps perdu lors des croisements, ce qui engendrera nécessairement des retards. D’après l’Autorité de Régulation des Transports, les trains à grande vitesse représentent seulement 5% des usagers du train : ils ne seront donc ni alternative fluide à la voiture ni une manière d’améliorer les déplacements du quotidien. Par ailleurs, l’Union Européenne dont le financement représente 20% du montant total, ne garantit plus sa participation au projet. Cela met fortement en doute sa valeur d’intérêt général et fait peser une menace considérable sur les finances collectivités locales avec une forte probabilité qu’elles soient « solidairement » contraintes de financer les aléas et dépassements budgétaire de la construction, si ce n’est, à terme la maintenance d’une infrastructure vouée à un déficit d’exploitation. Nous déplorons donc un tel choix d’investissement et des attentes de profits sur des projets dits « de service public » non concertés avec les acteurs et habitants du territoire qui plaident pour l’utilisation des voies existantes afin de développer les transports ferroviaires et assurer « la protection stricte des espèces de faune et de flore sauvages, ainsi que de leurs habitats » (articles L.411-1 et L.411-2 du Code de l'environnement) plutôt que de recourir aux AFSB. La nécessité d’un débat public apaisé et transparent Nous nous inquiétons du coût démocratique d’un tel projet. Un récent sondage indiquait que 81% des sondés disaient ne pas connaître précisément le projet AFSB. Le passage en force par le bais de la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) est aussi matière jeter le discrédit sur le projet, alors que de multiples rapports soulignent sa non-pertinence voire son incohérence, et les nombreux recours au tribunal administratif. Quid des conclusions de la première Commission d’Enquête de 2014 ? Quelle réponse est faite à ces arguments contradictoires, et quels moyens sont prévus pour assurer la tenue d’une concertation publique sereine et sérieuse dans toutes les communes concernées par le projet global ? Un travail poussé de débat public pour répondre aux nombreuses inquiétudes et de transparence envers les habitants et les usagers au sujet des conséquences de ces aménagements doit être mené au préalable avant d’envisager tout travaux pour ne pas risquer d’accroître la défiance et éroder notre vie démocratique. Conclusion Étant donné les destructions d’habitats et d’espèces protégés, l’utilité sociale plus qu’incertaine et les incidences non prises en compte à ce jour, nous émettons un avis défavorable aux AFSB. Le projet doit être davantage travaillé avec les usagers et clarifié, notamment sur les aspects environnementaux et sociaux, pour refaire du train un outil de transport du quotidien, populaire, accessible et durable. Nos attentes ainsi que celles sur lesquelles s’est engagé le Conseil départemental en matière ferroviaire sont les suivantes : résorber les fractures territoriales, mais aussi sociales, créer de la solidarité et non creuser les inégalités, contribuer à recoudre les campagnes et les villes de Gironde et assurer une mission de service public universel qui ne peut s’envisager que dans le respect des habitants et de leur cadre de vie. Nous souhaitons être ressaisis en cas de dépôt d’un nouveau dossier et resterons vigilants quant à l’amélioration des différents points énoncés. Jean-Luc Gleyze, conseiller départemental du Sud-Gironde Isabelle Dexpert, conseillère départementale du Sud-Gironde

Lieu : bordeaux.

Avis écrit par Jean-Luc Gleyze.

Avis Contre.